Au Vᵉ siècle, Attila mena ses cavaliers huns des steppes d’Asie centrale jusqu’aux portes de Rome, semant la terreur sur son passage. Sa légende résume tout en une formule restée célèbre : « Là où Attila passe, l’herbe ne repousse pas. » Le conquérant ne bâtissait ni ville, ni monument, ni institution : il effaçait, afin que seul son passage compte et qu’aucune trace ne rappelle ceux qui l’avaient précédé.

Les historiens soulignent ce paradoxe : détruire paraît plus simple que bâtir, mais les Huns n’ont laissé à la postérité aucune œuvre durable — seulement le souvenir de leurs ravages. Il faut des années pour ériger et quelques mois pour démolir ; tel est l’enseignement du fléau de Dieu. La grande leçon d’Attila réside sans doute dans son échec : les empires qui ne reposent que sur la destruction s’effondrent avec leur chef, tandis que ce qui a été patiemment construit, lui, survit.

Chaque époque retrouve ce vieil alphabet : le vrai leg d’une majorité ne se mesure pas aux ruines qu’elle laisse derrière elle, mais aux réalisations qui demeurent quand elle n’est plus là.