Cet article explique comment est utilisée la communication par nos femmes et hommes politiques dans le cadre des élections ainsi qu’après les élections. A sa parution, incomplet, l’article sera enrichi au fur et à mesure pour éviter des lectures trop fastidieuses. Les ressources ayant servi à sa rédaction sont dans le « 4. Pour aller plus loin«
En politique, décrédibiliser un opposant est une stratégie aussi ancienne que la démocratie elle-même. L’une des méthodes les plus efficaces consiste à exploiter ses actions passées – réelles, exagérées ou sorties de leur contexte – pour saper sa légitimité, détourner l’attention des propres manques du critique, et influencer l’opinion publique. Cette tactique, souvent enseignée dans les écoles de communication politique, repose sur des techniques éprouvées : la répétition, le cadrage (framing), la polarisation, et la saturation médiatique.
Que ce soit un nouveau maire critiquant son prédécesseur, un parti attaquant un adversaire sur son bilan, ou un candidat dénonçant les « échecs » de l’équipe sortante, ces méthodes sont systématiquement utilisées par toutes les tendances politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite.
Mais comment fonctionnent-elles exactement ? Quels en sont les mécanismes, les exemples concrets, et surtout, comment sont-elles enseignées dans les formations en communication politique ?
A. La technique du « bilan catastrophique » : exagérer les échecs et minimiser les succès
Mécanisme
Il s’agit de sélectionner, amplifier et répéter les échecs ou les controverses du passé de l’opposant, tout en ignorant ou niant ses réussites. L’objectif est de créer une narration selon laquelle son mandat ou ses actions ont été un désastre absolu.
Exemples concrets
- Cas 1 : Une nouvelle maire (toutes tendances confondues) critique son prédécesseur
- Méthode : La nouvelle équipe municipale met en avant les dettes, les projets inaboutis ou les scandales (ex : « L’ancienne équipe a laissé une ville endettée et sale »).
- Exemple réel : À Paris, Anne Hidalgo (PS) a régulièrement critiqué le bilan de Bertrand Delanoë (PS également !) sur la gestion des finances, alors même que ce dernier avait lancé des projets structurants comme les Berges de Seine piétonnes ou Paris Plages. Pourtant, en 2020, Hidalgo a repris à son compte ces mêmes projets… tout en accusant Delanoë d’avoir « mal géré » la ville.
- Effet : L’opinion retient uniquement les critiques, et non les réalisations.
- Cas 2 : Emmanuel Macron et François Hollande
- Méthode : Pendant la campagne de 2017, Macron (alors candidat) a systématiquement associé Hollande à l’« échec » (ex : « Le quinquennat de Hollande a été un gâchis »). Pourtant, des mesures comme le mariage pour tous ou la baisse du chômage en fin de mandat ont été effacées du débat.
- Effet : Hollande est resté dans l’histoire comme un président impopulaire et inefficace, alors que son bilan était nuancé.
- Cas 3 : Les Républicains (LR) contre le RN
- Méthode : LR a longtemps dénoncé le « populisme » et « l’extrémisme » du RN, en exagérant ses positions passées (ex : « Le RN veut sortir de l’euro », alors que le parti avait abandonné cette idée depuis des années).
- Effet : Le RN a été stigmatisé comme un parti dangereux et instable, alors même qu’il avait modéré son discours
B. Le « framing » : recadrer le débat pour imposer une vision biaisée
Mécanisme
Le framing (cadrage) consiste à présenter une information de manière à ce qu’elle soit interprétée dans un sens précis, souvent négatif. En politique, cela signifie choisir les mots, les images et les exemples qui renforcent une idée préconçue (ex : « corruption », « incompétence », « gaspillage »).
Exemples concrets
- Cas 1 : La « dette abyssale » de l’ancienne municipalité
- Méthode : Une nouvelle équipe municipale met en avant la dette laissée par l’ancienne, en omettant de préciser que cette dette était due à des investissements nécessaires (ex : écoles, transports).
- Exemple réel : À Lyon, David Kimelfeld (LR) a critiqué le bilan de Gérard Collomb (LR également !) en 2020, en exagérant la dette de la métropole, alors que celle-ci était en partie due à des grands projets structurants (ex : extensions de métro).
- Effet : L’opinion retient uniquement le mot « dette », associé à l’échec.
- Cas 2 : « Les 5 ans de chaos » (LREM contre LR/PS)
- Méthode : Pendant la campagne de 2017, Macron a présenté les 5 ans de Hollande comme une période de « chaos », en ciblant des symboles (ex : « la France en déclin », « le chômage record »).
- Réalité : Le chômage avait baissé en fin de mandat, et la croissance était repoussée.
- Effet : Le cadrage négatif a imprégné les esprits, malgré les nuances.
- Cas 3 : LFI contre Macron (« le président des riches »)
- Méthode : Jean-Luc Mélenchon a répété à l’envi que Macron était « le président des riches », en sélectionnant des exemples (ex : suppression de l’ISF, cadeaux aux entreprises).
- Réalité : Certaines mesures (ex : prime d’activité) ont bénéfié aux classes populaires.
- Effet : Le cadrage « président des riches » a collé à Macron, malgré les contre-exemples.
C. La répétition et la saturation médiatique : marteler un message jusqu’à ce qu’il devienne une vérité
Mécanisme
La répétition est l’une des techniques les plus efficaces en communication politique. Plus un message est répété, plus il est cru, même s’il est faux ou exagéré. Les partis, les leaders d’équipes utilisent les médias, les réseaux sociaux et les discours pour marteler une idée jusqu’à ce qu’elle s’impose dans le débat public.
- Cas 1 : « L’ancienne équipe n’a rien fait » (toutes tendances)
- Méthode : Une nouvelle équipe municipale répète en boucle que « l’ancienne n’a rien fait », même si des projets ont été lancés ou finalisés.
- Exemple réel : À Marseille, Michèle Rubirola (EELV) a critiqué le bilan de Jean-Claude Gaudin (LR) en 2020, en répétant que la ville était « sale et mal gérée », alors que Gaudin avait modernisé le Vieux-Port et développé les transports.
- Effet : À force de répétition, l’idée que « rien n’a été fait » s’est ancrée dans l’opinion.
- Cas 2 : « Macron, le président des ultra-riches » (LFI, RN, PS)
- Méthode : Les opposants à Macron ont répété sans cesse que ses réformes (ex : suppression de l’ISF) ne profitaient qu’aux riches.
- Réalité : Certaines mesures (ex : prime d’activité, revalorisation du SMIC) ont bénéfié aux classes populaires.
- Effet : Le message « président des riches » est devenu une vérité médiatique, malgré les nuances.
- Cas 3 : « Le RN est un parti d’extrême droite » (LR, LREM, PS)
- Méthode : Les partis traditionnels ont répété pendant des années que le RN était « un parti d’extrême droite dangereux », même après sa dédiabolisation.
- Réalité : Le RN a modéré son discours (ex : abandon de la sortie de l’euro, de la peine de mort).
- Effet : Le stigmate « extrême droite » est resté collé au RN, limitant son électorat.
D. La création de boucs émissaires : désigner un responsable pour tous les maux
Mécanisme
Plutôt que de reconnaître des échecs collectifs ou systémiques, l’absence de projets, de perspectives à court ou moyen terme, les partis politiques désignent un bouc émissaire (une personne, un parti, une institution) pour focaliser la colère et éviter de rendre des comptes.
Exemples concrets
- Cas 1 : « C’est la faute à l’État » (les maires contre le gouvernement)
- Méthode : Les maires (toutes tendances) accusent l’État de tous les maux (ex : « On n’a pas les moyens à cause des coupes budgétaires de l’État »).
- Réalité : Les dettes locales sont souvent dues à une mauvaise gestion (ex : dépenses excessives, projets pharaoniques).
- Effet : L’État devient le responsable de tout, et les erreurs locales sont oubliées.
- Cas 2 : « C’est la faute à l’UE » (RN, LFI)
- Méthode : Le RN et LFI accusent l’Union européenne de tous les problèmes (ex : « L’UE nous empêche de faire ce qu’on veut »).
- Réalité : Certaines politiques (ex : subventions agricoles, fonds européens) bénéficient à la France.
- Effet : L’UE devient le bouc émissaire idéal, et les responsabilités nationales sont effacées.
- Cas 3 : « C’est la faute aux médias » (tous partis)
- Méthode : Les partis accusent les médias de partialité (ex : « Les médias sont contre nous »).
- Réalité : Les médias relayent souvent les discours des partis, mais aussi leurs contradictions.
- Effet : Les critiques contre le parti sont discréditées (« C’est la faute des médias »).
Les techniques de décrédibilisation, framing, répétition et création de boucs émissaires ne sont pas improvisées. Elles sont enseignées, analysées et perfectionnées dans les écoles de communication politique, les masters en science politique et les formations en spin doctoring.
A. Les écoles et formations qui enseignent ces stratégies
1. Le CELSA (Paris-Sorbonne)
- Formation : Master en Communication politique et publique.
- Contenu : Les étudiants y apprennent les techniques de framing, gestion de crise, et stratégies de décrédibilisation.
- Exemple de cours : « Comment construire un récit politique » ou « Les techniques de manipulation médiatique ».
- Preuve : Le CELSA forme depuis des décennies les communicants politiques des grands partis (PS, LR, LREM).
2. Sciences Po Paris
- Formation : Master Affaires publiques (spécialité Communication politique).
- Contenu : Les étudiants étudient les stratégies de campagne, la gestion de l’image, et les techniques de contre-attaque.
- Exemple de cours : « La communication de crise » ou « Comment décrédibiliser un adversaire ».
- Preuve : Sciences Po a formé de nombreux spin doctors (ex : Sibeth Ndiaye, ancien porte-parole de Macron).
3. L’EFAP (École Française des Attachés de Presse)
- Formation : Master Communication politique et publique.
- Contenu : Les étudiants y apprennent les stratégies de communication d’influence, notamment la construction de récits politiques, la gestion de l’image des élus, et les techniques de contre-attaque médiatique.
- Exemple de cours : « Stratégies de décrédibilisation et framing », « Communication de crise et gestion de réputation ».
- Preuve : L’EFAP est l’une des écoles les plus réputées en France pour former les communicants politiques et les conseillers en stratégie. Elle a formé de nombreux conseillers en communication pour des partis comme LREM, LR ou le PS, ainsi que des porte-parole et directeurs de campagne. Ses anciens élèves occupent des postes clés dans les cabinets ministériels et les sièges des partis. L’école met l’accent sur l’analyse des discours politiques et l’utilisation des médias pour influencer l’opinion publique, y compris en détournant l’attention des échecs ou en décrédibilisant les opposants.
4. Le CREM (Centre de Recherche sur les Médias, Université de Lorraine)
- Recherche : Le CREM analyse les stratégies de communication politique, notamment la décrédibilisation et le framing.
- Publication : « La communication politique en débat : conflictualité, stigmatisation, légitimation » (2022).
- Citation clé :« On a vu se multiplier lors des débats les propos acerbes, les phrases assassines et les formulations au vitriol destinées à décrédibiliser l’adversaire, à lui faire perdre toute valeur aux yeux du grand public : des formes de citation, de répétition, de détournement et d’appropriation de la parole politique de l’adversaire pour nuire à son image publique. »
Source : CREM – La communication politique en débat
5. L’Université de Montréal (Département de communication)
- Formation : Politique contre le harcèlement et stratégies de communication.
- Contenu : Les étudiants apprennent à gérer les crises de réputation et à utiliser la communication pour influencer l’opinion.
- Preuve : L’université forme des experts en communication politique, y compris pour les partis québécois et français.
B. Les manuels et ouvrages de référence
Plusieurs livres et manuels documentent ces stratégies et sont utilisés dans les formations :
| Ouvrage | Auteur | Thèmes abordés | Exemple d’application |
|---|---|---|---|
| La Communication politique | Patrick Charaudeau | Framing, légitimation, décrédibilisation | Comment cadrer un débat pour discréditer un opposant |
| Toxic Data | David Chavalarias (CNRS) | Manipulation de l’opinion, réseaux sociaux | Comment utiliser les réseaux sociaux pour saturer l’espace médiatique |
| Les Secrets de la communication politique | Divers auteurs | Spin doctoring, gestion de crise | Comment détourner l’attention des échecs |
| La Fabrique du crétin digital | Michel Desmurget | Saturation informationnelle | Comment noyer le débat sous des polémiques |
C. Les études de cas et analyses académiques
Source : CLEMI – La communication politique au crible des journalistes
Étude 1 : « Les stratégies de manipulation de l’information sur les réseaux sociaux » (Next, 2022)
Auteur : Analyse des techniques de détournement de l’attention utilisées par les partis français.
Citation clé :« C’est typiquement une stratégie de détournement de l’attention pour masquer d’autres sujets et c’est une pratique courante dans le débat public. »
Source : Next – Comment les mouvements politiques français jouent des techniques de manipulation
Étude 2 : « Réseaux sociaux : les rouages de la manipulation de l’opinion » (CNRS, 2022)
Auteur : David Chavalarias (mathématicien, CNRS).
Contenu : Analyse comment les partis politiques (dont LREM, LR, RN, LFI) manipulent l’opinion via les réseaux sociaux.
Citation clé :« Des campagnes électorales à la guerre en Ukraine, les réseaux sociaux sont aujourd’hui massivement utilisés pour manipuler les opinions. »
Source : CNRS – Réseaux sociaux : les rouages de la manipulation de l’opinion
Étude 3 : « La communication politique au crible des journalistes » (CLEMI)
Contenu : Montre comment les journalistes spécialisés décryptent les stratégies de communication des partis, notamment la décrédibilisation et le framing.
Les stratégies de décrédibilisation d’un opposant en s’appuyant sur ses actions passées ne sont ni nouvelles ni improvisées. Elles reposent sur des techniques éprouvées :
- Le bilan catastrophique : Exagérer les échecs et minimiser les succès.
- Le framing : Recadrer le débat pour imposer une vision biaisée.
- La répétition : Marteler un message jusqu’à ce qu’il devienne une vérité.
- La création de boucs émissaires : Désigner un responsable pour tous les maux.
Ces méthodes sont systématiquement utilisées par tous les partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite, et sont enseignées dans les écoles de communication politique (CELSA, Sciences Po, EFAP, CREM, etc.).
Réflexion sur le libre arbitre et l’esprit critique
Livres :
- La Communication politique – Patrick Charaudeau
- Toxic Data – David Chavalarias (CNRS)
- Les Secrets de la communication politique – Divers auteurs
Articles et études :
- Next – Stratégies de manipulation de l’information sur les réseaux sociaux
- CNRS – Réseaux sociaux : les rouages de la manipulation de l’opinion
- CREM – La communication politique en débat
Formations et écoles :
- CELSA – Master Communication politique et publique
- Sciences Po – Master Affaires publiques (spécialité Communication politique)
- EFAP – MBA Spécialisé Communication Publique & Influence
- EFAP – Classement 3ème en Communication Publique, Politique et Lobbying (Meilleurs Masters)
- Université de Montréal – Département de communication